Civictech et Innovations démocratiques - 8 juin 2016

De mavoix
Révision de 24 juin 2016 à 20:29 par CarolineH (discussion | contributions) (Les transformateurs)

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Un premier bilan

La 27e Région et Démocratie Ouverte ont co-organisé un débat à Superpublic, tiers-lieu dédié à la transformation de l’action publique. Ces deux organisations travaillent souvent de concert afin d’accompagner l’élan des civictech dans l’esprit de réunir les acteurs et d’orchestrer des actions communes. En ce sens, la 27e Région et Démocratie Ouverte sont des interlocuteurs clefs du projet du futur CivicHall envisagé par la Mairie de Paris dans le but de regrouper les innovations démocratiques, privilégier les rencontres, les débats, la diffusion et la relation aux citoyens.

L’objectif de la soirée du 8 juin était de réunir chercheurs et acteurs des nouvelles formes de participations démocratiques afin de dresser un état des lieux des innovations de démocratie participative en croisant les réalisations des faiseurs avec les analyses d’universitaires investis depuis plusieurs années sur les enjeux de la participation citoyenne et du lien politique. #MaVoix était invitée à présenter son projet et ses actions avec 6 autres acteurs (Alternatiba, Voxe.org, La 27e Région, Stig, Plausible Possible, Mairie de Villejuif).

Animée par Armel Le Coz (Démocratie Ouverte) et Loïc Blondiaux (Professeur de Sciences Politiques, Paris-I), la soirée s’est déroulée en trois temps. L’idée était de dresser un panorama des types d’actions et d’interroger leur portée et les controverses sous-jacentes. (présentation des actions, réactions des universitaires, fish bowl). Une soirée de plus de 3h, très dense, au rythme enlevé et aux échanges intenses.

  1. Armel Le Coz, en véritable MC a choisi de coordonner la présentation des actions d’innovations démocratiques en proposant d’aborder le champ à travers une classification des acteurs en 7 familles (autonomes, révolutionnaires, formateurs, transformateurs, geeks, démocratie participative au sein des institutions). Ces catégories généralistes ne visent pas à enfermer les acteurs dans des cases mais à rendre plus lisible la nature des engagements et les stratégies de chacun dans le foisonnement des initiatives.
  2. Loïc Blondiaux avait invité à s’exprimer : Stéphanie Wojcik (Sciences de l’information et de la communication, Université Paris Est Créteil) ; Francis Chateaureynaud (Sociologue, EHESS) ; Bastien François (Sciences Politiques, Paris-I) ; Mathieu Berger (Sociologue, Université de Louvain) ; Marie Anne Cohendet (Droit, Paris-I).

Presque tous découvraient tout ou partie des projets présentés en première partie. Entre rapport d’étonnement et interrogations, les retours (10mn chacun, donc très rapides) ont notamment questionné (non exhaustif) :

  • Rapport à la connaissance et à l’expertise. Plusieurs expériences civiques partent du présupposé qu’il y a un citoyen à éduquer et la nécessité de mobiliser des savoirs existants -> quelle place pour les formateurs, quelle envie chez les citoyens ?
  • Rapport à la décision : l’idée d’avoir à former le citoyen présuppose la nécessité de compétences. Cette dimension porte en elle-même une reconnaissance de la nécessaire professionnalisation du champ politique.
  • La technologie permettrait-elle la révolution de la politique ? quelles modalités pour faire collectif ?
  • Explosion des outils et des plateformes
  • Quels sont les publics concernés par ces outils ?
  • Ces dispositifs permettent-ils de réaffilier des publics détachés
  • Le numérique est un champ de force à occuper : proposition de fabriquer des outils qui doivent permettre plus d’intelligibilité
  • Comment la critique sociale peut se reconfigurer dans cet élan ? Quel outillage critique ?
  • Le numérique et les outils peuvent créer des axiomatiques autonomes qui s’éloignent des réalités. Alliance des outils et des actions réelles nécessaires.
  • La notion de temporalité serait à considérer. Pas seulement du point de vue du changement des mentalités mais aussi de l’acceptation, de l’entrée dans les usages de nouveaux outils. Droit de vote censitaire 1848, mais isoloir et vote secret 1913 : les changements s’inscrivent dans un temps long.
  • Quel rapport au savoir, à la généralité, à la généralisation des pratiques ? Quid de la production de règles, de la généralisation des acquis de l’expérience : quelle innovation institutionnelle généralisable à l’échelle de règles communes ?
  • Le « je » et le « nous » sont très présents dans les engagements des acteurs civictech. S’interroger aussi via le « tu », « vous », « ils » pour assumer reconnaître la discussion (tu), l’altérité (vous), et faire exister les absents (ils).
  • La démocratie est un présupposé collectif mais reste un signifiant vague auquel chacun donne des sens différents. Ne pas oublier que c’est un terme problématique tant pour la communauté que pour l’action en commun. Créer des moyens pour pallier les difficultés ne doit pas occulter le problème démocratique.
  • Entrepreneurs de démocratie, Ingénierie de la concertation, Ecosystème des civictech sont des univers qui portent aussi leur part d’exclusion
  • La démocratie est aussi exclusive du fait qu’elle définit des singularités insupportables et crée de l’exclusion pour se protéger en définissant ce qu’elle n’est pas ou n’accepte pas.
  • Combiner les systèmes d’outils, les supports démocratiques, les solutions est un enjeu
  • Quid de la place du débat et quel modèle(s) délibératif(s) ? Parler et proposer sont moteurs mais la place de l’écoute et des échanges est à considérer. Comment l’informatique va permettre de lier au-delà de la simple expression d’opinions ?
  • Identifier et encourager capacités et compétences chez l’autre ne signifient pas forcément que l’autre entre dans l’action (vouloir, pouvoir et faire)

Les réflexions et réactions des universitaires étaient très synthétiques. Le format de la soirée permettait une juxtaposition de grilles de lecture se présentant comme autant de piste de réflexions à nourrir et développer. Pour la 27e Région, comme pour Démocratie Ouverte, cette soirée est une étape dans les rencontres et complémentarités à construire.


Les 7 familles

Présentation par Armel LE COZ le 9 juin 2016

Les citoyens autonomes

Ceux qui prônent l'auto-organisation citoyenne, sans les institutions : Alternatiba, les Zèbres, les Colibris et autres citoyens qui n'ont pas besoin du politique pour agir) - Alternatiba

Les révolutionnaires

Ceux qui refusent le fonctionnement du système politique et cherchent à le hacker via les élections ou la pression populaire)

  • Le collectif ‪#‎MaVoix‬‬

Présentation de #MaVoix

Les formateurs

Ceux qui veulent former les citoyens de demain et diffuser une culture collaborative, issus de l'éducation populaire, du théâtre, des pédagogies alternatives...) Voxe.org

Les transformateurs

Ceux qui veulent changer le système "de l'intérieur" par la formation, le changement de méthodes, d'organisation et de postures des pouvoirs publics en place) Yoan Ollivier pour Plausible Possible

La démocratie participative traditionnelle

Ceux qui pratiquent au quotidien, dans les territoires, une démocratie participative laborieuse mais souvent utile et finalement peu visible ...avec là aussi des innovations et nouvelles pratiques) - Myriam Escaffit, cheffe de projet en gouvernance participative à Villejuif (94)

Les geeks

Les "civic tech" qui construisent des outils, plateformes et technologies) Jérémie Paret de Stig (getstig.org)

Les fédérateurs

Démocratie Ouverte

Article au sujet de cette soirée

Hubert Guillaut, Civic Tech : les Innovations démocratiques en question, IntranetActu, 24 juin 2016

Synthèse de la soirée : interventions et discussions