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Week-end du REX de clôture - Mains d'oeuvres

Les ingrédients MaVoix - texte co-écrit décembre 2018

Version mise en page : https://www.mavoix.info/decouvrir/les-ingredients-mavoix/

L’objectif de MAVOIX était d’expérimenter une dose de démocratie directe à l’Assemblée Nationale à l’occasion d’une législative partielle en 2016 et des législatives de 2017. L’idée était de proposer des porte-voix tiré.e.s au sort qui, une fois élu.e.s, auraient relayé directement et proportionnellement, pour chaque loi, les décisions des citoyen.e.s prises sur une plate-forme numérique en logiciel libre, ouverte à tou.te.s. Voici brièvement les principaux ingrédients de l’expérimentation qui s’est déroulée de 2015 à 2017. Un grand merci à tous les contributeurs et contributrices qui ont participé à la rédaction de cette synthèse !

Une signature : Nous sommes celles et ceux que nous attendions Nous n’attendons plus de solution de nos gouvernants. Il s’agit de devenir nous-mêmes actrices et acteurs de notre vie politique, de l’écriture de nos lois, du choix de nos modes de vie collectifs. L’affiche miroir et le slogan “qui me représente le mieux ?” illustraient cette signature.

Une démarche respectant l’intégrité et les convictions de chacun.e avec un objectif commun : devenir actrices et acteurs des lois Tou.te.s les contributrices et contributeurs sont venu.e.s avec leurs propres ressentis et affinités politiques. Ce qui rassemblait avant tout, c’était que tout.e.s les citoyen.ne.s puissent accéder à la table des décisions.

Une organisation horizontale Les contributrices et contributeurs de MAVOIX ont choisi de n’avoir aucun chef, aucun bureau, aucune hiérarchie de fait. De nombreux collectifs locaux ont émergé sur tout le territoire (une trentaine en 2017, voir la carte). L’idée s’est propagée par le bouche à oreille, par quelques vidéos, bien accueillies et partagées sur les réseaux sociaux et par des rencontres publiques organisées par des contributrices et contributeurs volontaires. Chaque point de contact local a créé ses propres outils de communication, sa propre organisation. Un guide d’accompagnement a été co-construit et partagé pour que chaque nouveau collectif puisse s’en inspirer et monter en compétences rapidement (conseils logistiques, de prise de paroles, d’animation participative…). Il s’est étoffé au cours du temps par l’expérience acquise et partagée de chaque collectif, devenant peu à peu un guide de campagne. Chaque contributrice et chaque contributeur, si elle ou il le désirait, a pu prendre sa place, animer un groupe local, échanger avec d’autres groupes, organiser une action ou proposer des documents, une idée ou une méthodologie. Tout le monde était invité à réagir ou discuter les propositions. Une attention particulière était portée pour accueillir et intégrer les nouvelles et nouveaux arrivé.e.s, pour tenter de créer le moins de disparités possibles, pour ne pas concentrer les responsabilités entre les mains de quelques un.e.s. Comment articuler le local et le national ? Les contributrices et les contributeurs de MAVOIX se sont appuyé.e.s sur le calendrier fixé par les échéances électorales pour poser un rythme et une régularité de rencontres et de temps de travail. Le planning des réunions était affiché dès septembre pour toute l’année, et rappelé en ligne chaque semaine, permettant à chacune et à chacun de s’organiser en amont et de déterminer le temps à accorder au projet collectif. Les collectifs locaux se réunissaient une à deux fois par semaine dans des salles trouvées ad hoc, chez les contributrices et contributeurs ou le plus souvent dans des lieux publics. Les réunions s’appuyaient sur quelques règles simples pour faciliter les discussions et s’assurer d’échanges constructifs et bienveillants. Ces pratiques étaient partagées et compilées dans le manuel d’accompagnement. Au niveau global, des réunions nationales étaient organisées, une fois par trimestre, dans une ville différente, sur principe de volontariat d’un collectif local. Les contributrices et contributeurs de la ville hôte s’occupaient de la logistique (salle, repas, couchages, etc). En parallèle, une équipe de volontaires venus de tout le pays se mettait à co-construire le contenu. Tous ceux qui pouvaient venir venaient, participaient au débat et prenaient des décisions en commun. Toujours au niveau global, des réunions hebdomadaires en ligne sur Internet étaient organisées :

   tous les lundis pour l’accueil des nouveaux
   tous les mercredis pour les mandataires financiers
   tous les jeudis pour l’ensemble des contributrices et contributeurs présent.e.s sur tout le territoire

Dans un objectif de transparence et diffusion de l’information, les compte-rendus de réunions nationales ou locales étaient diffusées publiquement sur le site wiki (liste des dizaines de comptes rendus) et sur le forum. Il n’y avait pas de représentant.e.s.

La posture médiatique MAVOIX : pas de personnification Il n’y avait pas de porte-parole, personne ne parlait au nom des autres. Cette posture s’appuyait sur l’idée qu’on ne peut pas repenser la démocratie sans repenser le rapport au médias. Ainsi le collectif MAVOIX n’a ni sollicité les médias ni répondu à leurs demandes d’interview ou leurs invitations à des émissions. Par contre, les journalistes qui le souhaitaient pouvaient assister aux réunions publiques ou aux événements, et filmer ce qu’il s’y passait (les participants pouvaient demander à ne pas être filmés). L’idée était d’éviter de rentrer dans une spirale médiatique habituée de manière traditionnelle à la personnification et au storytelling qui auraient été contraires à l’esprit de l’expérimentation MAVOIX, et d’éviter une trop forte personnification. Chacun pouvait toutefois expliquer pourquoi et pour quoi il/elle était contributeur/trice de MAVOIX. La prise de parole dans les débats ou tables rondes publiques auxquels le collectif MAVOIX était invité, se faisait à plusieurs ou à minima en binôme mais jamais un seul, pour incarner au moins à deux une vision personnelle du collectif. Un tirage au sort dans certains groupes locaux a pu déterminer qui interviendrait.

Les modes d’expression de MAVOIX De nombreux outils et productions ont été construits collectivement. Le collectif s’est entièrement appuyé sur la créativité et les dons de chacun.e.s, toutes et tous bénévoles. Tout a été créé par un ensemble varié de personnes, élaboré avec des femmes et des hommes de tout le territoire, mis à disposition de toutes et tous et est resté en perpétuelle évolution :

   un site Internet
   l’ADN de MAVOIX
   une charte graphique
   une affiche de campagne originale (affiche-miroir)
   un manuel de campagne
   des vidéos
   des cours en lignes sur le fonctionnement de l’assemblée nationale
   une profession de foi (pour les élections)
   un bulletin de vote
   différents outils numériques
       forum
       aide pour recueillir des candidatures au tirage au sort (code source)
       pour visualiser l’avancement de la collecte de dons (code source)
       application pour repérer les panneaux d’affichage électoral
       un outil de décoration de photo aux couleurs de MAVOIX (code source)

Localement, chaque collectif créait, imaginait des façons de faire passer des messages notamment durant la campagne électorale (vidéos, dessins, chants, streetart, animations…). Ces différentes productions étaient partagées et mises à disposition de toutes et tous. Il était libre à chacun.e de les utiliser ou non, de les modifier, de les adapter…


Un collectif construit sans structure juridique Pas de parti, pas d’association de financements politiques, pas d’adhérents, MAVOIX n’a jamais pris de forme juridique qui aurait induit nécessairement une organisation pyramidale. MAVOIX avait également décidé de refuser les demandes émanant d’autres organisations qui poursuivaient, elles, des logiques qui entraient dans un mode de représentation. Ainsi le collectif ne s’est associé à aucun parti ni à aucune structure tout au long de l’expérimentation. Un financement responsable Le financement de la campagne (plus de 92 000 euros pour l’ensemble des affiches, bulletins de vote et professions de foi) ne s’est basé que sur des petits dons individuels (plus de 1000 donateurs). C’était la ou le mandataire financier de chacune des 43 circonscription qui encaissait le don dans le compte de campagne. Chaque investiture locale était responsable et indépendante pour chercher des financements supplémentaires, la facturation de supports nationaux (affiches, professions de foi et bulletins de vote) étant répartie au prorata des besoins exprimés par chacun, notamment en fonction du nombre de panneaux électoraux.


L’investiture des candidat.e.s par un tirage au sort national Le collectif MAVOIX a choisi de désigner ses 86 porte-voix (candidat.e.s et suppléant.e.s à la députation sur 43 circonscriptions) à l’aide d’un tirage au sort organisé devant un officier assermenté, en l’occurrence un notaire. Il y avait en ce 6 mai 2017 plus de 1 000 personnes présentes venant de la France entière dont 380 candidat.e.s au tirage au sort. Ces personnes devaient :

  - être volontaires
  - avoir suivi les cours en ligne MAVOIX pour avoir une connaissance initiale du fonctionnement des institutions et bien comprendre leur rôle spécifique dans le cadre de l’expérimentation MAVOIX
  - répondre aux conditions d’éligibilité d’un député (âge, attestation d’inscription sur liste électorale, casier judiciaire vierge, etc).

Le choix du tirage au sort reposait sur l’idée d’équité (pas besoin de réseau d’influence ou de fonds à apporter), d’une logique de coopération entre les personnes et de participation à une action publique et collective . Il permettait aussi de garantir la non-professionnalisation. Une attention particulière a été portée sur la parité dans les modalités du tirage au sort pour garantir l’équité des chances des femmes et des hommes, et un nombre égal de candidats femmes et hommes.


Le choix du logiciel libre Tous les outils numériques créés – pour l’inscription au tirage au sort, l’engagement des collectifs locaux dans la campagne, la visualisation de l’avancement de la collecte de dons mais aussi la plateforme de vote “Cocorico” (code source), qui aurait été utilisée pour le vote des lois par les citoyen.e.s – l’ont été en logiciel libre. Ces outils et leur code-source peuvent donc être ré-utilisés, modifiés, dupliqués par d’autres, techniquement et légalement. Ce choix de créer des outils libres était motivé par une volonté de transparence (sur les données et les processus), celle-ci étant un des piliers d’un fonctionnement réellement démocratique. Ces outils libres ainsi que toute la riche documentation de l’expérimentation MAVOIX constituent ainsi un commun mis à disposition et réutilisable par tous. La formation entre pairs et l’intelligence collective De nombreu.x.ses contributrices et contributeurs ont partagé librement leurs expériences, leurs savoirs et savoir-faire. Au travers de vidéos, de cours en lignes, d’échanges en face à face ou sur le web, des prises de notes mises en commun, un grand partage de savoirs s’est opéré entre les contributrices et contributeurs. L’idée était d’apprendre ensemble (sur les lois, sur les outils numériques, sur la politique, sur des astuces pour la campagne d’affichage, sur les démarches administratives de dépôts de candidatures, etc.).


Une démarche expérimentale MAVOIX était une expérimentation circonscrite aux élections législatives de 2017. Libérée de l’obligation de perdurer dans le temps, l’expérience pouvait se permettre de fonctionner par essai/erreur. Il n’y avait pas d’injonction de réussite mais une envie commune de tester, d’essayer et d’apprendre de ses réussites et de ses échecs, d’où l’intérêt de bien documenter l’ensemble de la démarche.

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